Description

On désigne également les escarres sous le nom de plaies de décubitus ou ulcères de décubitus. Elles apparaissent lorsqu'une saillie osseuse écrase votre peau et votre chair contre une surface extérieure, en général aux points d'appui de votre corps, où les os sont près de la peau. Les escarres se développent en général sous la taille si vous êtes alité, mais elles peuvent se produire n'importe où sur votre corps. Les sites d'escarres les plus communs sont les hanches, les omoplates, les coudes, la base de la colonne vertébrale, les genoux, les chevilles, les talons et même dans l'espace entre les doigts et les orteils.

Pour certaines personnes, les escarres se développent seulement au bout de quelques heures de pression constante, et varient d'une légère rougeur à des cratères profonds, qui atteignent le muscle et l'os. Elles sont particulièrement gênantes et souvent douloureuses. Des escarres peuvent survenir lorsqu'une personne reste au lit, dans une chaise ou dans un fauteuil roulant pendant une longue période.

La plupart des plaies de décubitus concernent les personnes de plus de 70 ans, alitées dans des hôpitaux et dans des établissements de soins de longue durée. Au Canada, environ 25 % recevant des soins actifs (à l'hôpital, par exemple) contractent des escarres. Dans les milieux de soins prolongés (par ex. les maisons de soins infirmiers), la prévalence des escarres est encore plus élevée (environ 30 %).

Causes

Les escarres sont des blessures causées par une pression constante et sans relâche, qui abîment la peau et les chairs sous-cutanées, en raison du manque de mobilité et de circulation du sang (en raison de l'alitement). Si vous devez rester assis ou alité pendant une longue période, la surface de votre siège ou de votre lit exerce une trop forte pression sur les saillies osseuses ou points de pression de votre corps. Les points de pression du corps souvent mis en cause sont le coccyx (le sacrum), et les parties de l'os de la hanche, ainsi que la cheville et le talon. Les sites d'escarre moins courants sont les coudes, la colonne vertébrale, les côtes et l'arrière de la tête.

Les plaies de décubitus résultent parfois également de la friction de votre peau contre une autre surface ou du glissement de 2 couches de peau l'une contre l'autre, dans des directions opposées, et qu'elles abîment les chairs qui se trouvent en dessous. C'est ce qui risque de se produire si vous passez du lit à une chaise longue ou si vous glissez dans une chaise.

Une humidité excessive qui ramollit votre peau et qui réduit sa résistance peut également être à l'origine de plaies de décubitus. C'est ce qui risque de se produire en cas de transpiration excessive et d'incontinence urinaire et fécale.

Tous les facteurs énumérés ci-après vous exposent à un risque plus élevé de plaies de décubitus :

  • l'immobilité;
  • l'inactivité;
  • l'incontinence fécale et urinaire;
  • une carence alimentaire;
  • un niveau de conscience diminué;
  • un faible poids;
  • le tabagisme;
  • la prise de corticostéroïdes.

Les états pathologiques mentionnés ci-après vous exposent aussi à un risque :

  • l'anémie;
  • les infections;
  • l'œdème;
  • le diabète sucré;
  • un accident vasculaire cérébral;
  • la démence;
  • l'alcoolisme;
  • les fractures;
  • les malignités (un cancer).

Symptômes et Complications

Une plaie de décubitus commence en principe par une tâche rougeâtre et sensible de la peau et se développe ensuite en une plaie ou un ulcère qui peut pénétrer profondément dans le muscle, voire jusqu'à l'os. Si elle n'est pas traitée, une plaie de décubitus peut dégénérer en cellulite ou en infection chronique.

Diagnostic

Si vous êtes alité ou dans un fauteuil roulant, votre médecin ou votre infirmière se doit de vérifier tout signe de plaies de décubitus. Leur apparence et leur localisation prévisible sur le corps permettent de les diagnostiquer facilement. La gravité de la décomposition de votre peau peut être classifiée comme suit :

  • stade 1 : une rougeur anormale de la peau, avec peau intacte. Cette étape est réversible;
  • stade 2 : la rougeur progresse vers un stade d'écorchure, d'ampoule ou de cratère peu profond. Cette étape est également réversible;
  • stade 3 : un cratère de type escarre ou ulcère a commencé à s'étendre sous la peau. Ce stade de l'affection peut mettre votre vie en danger;
  • stade 4 : une perte de peau accompagnée d'une destruction extensive ou de dommages sur le muscle, l'os, ou les structures d'appui telles que les tendons ou les capsules articulaires. Ce stade de l'affection peut s'avérer fatal.

Traitement et Prévention

La meilleure façon de prévenir les escarres est de bouger le plus possible, d'éviter la pression constante sur votre corps et de redistribuer le poids de votre corps, ainsi que de stimuler la circulation du sang dans les tissus. Si vous ne pouvez pas bouger, quelqu'un doit vous aider à changer de position, toutes les 2 heures au moins ou toutes les 15 minutes si vous êtes dans une chaise. Des oreillers ou des coussins de mousse peuvent vous aider à faire basculer le poids de votre corps si vous ne pouvez pas bouger. Une gamme d'exercices de déplacement peut vous aider à prévenir les contractures, améliorer la circulation et maintenir l'intégrité de vos articulations, de votre mobilité et de votre masse musculaire.

Votre lit ne doit pas se trouver à plus de 30 degrés d'élévation (excepté lorsque vous mangez) afin de réduire les forces de cisaillement. Pour cette même raison, un drap de tirage peut être utilisé pour vous aider à vous repositionner dans le lit.

Un coussin en forme de boîte à œufs alvéolée peut constituer une solution bon marché et légère qui satisfera certains malades. Ce coussin en mousse de haute densité, solide, d'une épaisseur de 5 cm à 10 cm, est moins susceptible de compression par le poids de votre corps et peut vous aider à redistribuer ce dernier plus efficacement. Malheureusement, ces coussins n'apportent qu'un soulagement mineur et peuvent générer une rétention de la chaleur corporelle et augmenter ainsi la transpiration. Mais ils peuvent s'avérer utiles si votre activité est limitée sur une courte période. Des matelas de contact ou des matelas d'eau peuvent également être utilisés.

Bien que la peau de mouton ne soit pas suffisamment épaisse ou dense pour réduire la pression, certaines personnes peuvent la trouver utile si leur peau est prédisposée à la décomposition en cas de frottement. Par exemple, une peau de mouton au pied de votre lit peut réduire le frottement contre vos talons si vous souffrez d'une affection vasculaire.

Vous pouvez également utiliser des attelles que vous placerez sur les points de contact. En outre, des oreillers spécialement conçus selon votre anatomie peuvent s'avérer utiles pour distribuer votre poids de manière plus équilibrée et empêcher la pression de se concentrer sur un point particulier. Il se peut que vous ayez besoin de coussins spéciaux pour vos talons et vos coudes. Certains distributeurs d'appareils médicaux fournissent des lits qui soulèvent les couvertures de manière à créer une structure semblable à une tente.

Il faut que votre peau soit inspectée et nettoyée régulièrement. Gardez-la sèche et propre afin de prévenir toute infection et l'apparition de blessures éventuelles. La peau affectée doit être nettoyée avec douceur, à l'eau ou à l'eau savonneuse. Il faut éviter toute pression ou frottement. Le savon enlève les huiles essentielles naturelles de la peau. Le nettoyage de la peau risque d'irriter des tissus déjà abîmés. Il faut appliquer, ensuite, une fine couche de lotion hydratante, la masser doucement autour de la zone affectée ou la saillie osseuse, plutôt que dessus. Un massage trop vigoureux risque d'augmenter les dommages de la peau et créer des forces de cisaillement. Une fois la zone hydratée, il faut appliquer une fine couche de produit à base de pétrole. Ces produits résistent à l'eau et constituent une barrière protectrice. Des agents plus lourds, tels que les pommades à base d'oxyde de zinc ou d'aluminium, ne sont pas recommandés; bien que douées de propriétés protectrices, elles sont difficiles à enlever.

Faites preuve de prudence avec les dessous d'incontinence absorbants, les sondes de vessie à demeure ou les drainages urinaires par condom collecteur. Bien que ces derniers soient très utiles, il ne s'agit pas de substituer ces dispositifs aux efforts destinés à retrouver la continence de la vessie ou de l'intestin par le biais de programmes spécifiques.

C'est au médecin ou à une infirmière qu'il revient de traiter les escarres. La cicatrisation peut être longue et par conséquent la prévention est la voie idéale.

Le traitement des escarres dépend de la gravité (du stade) de la blessure sur la peau. En fonction de la gravité, une série de méthodes peut être envisagée pour favoriser la cicatrisation. Il peut s'agir de pansements synthétiques, salins, de compresses d'acide acétique et de divers pansements antibiotiques (les escarres sont particulièrement susceptibles de surinfection). Pour les blessures plus graves, une intervention chirurgicale peut s'imposer pour éliminer les zones de peau morte. La mesure la plus importante du traitement et de la prévention des escarres est le changement de position pour réduire la pression.